Étoile Fauve, une exposition d’Alice Marie Martin. 19.11-21.01

Publié le 13 octobre 2022 dans À venir...

Étoile Fauve, une exposition d’Alice Marie Martin

Exposition du 19 novembre 2022 au 21 janvier 2023 (fermeture de L’attrape-couleurs du 24 décembre au 3 janvier inclus)

En Résonance avec la Biennale d’art contemporain de Lyon

En partenariat avec Moly-Sabata / Fondation Albert Gleizes

Vernissage le samedi 19 novembre de 16h à 20h

 

« Nos pas crissent sur le sol encore humide après la nuit. Le souvenir est lointain, à tel point qu’il se confond avec un songe candide que j’aurais vécu éveillée.

Il est tôt et il me semble apercevoir entre les brins d’herbe des nuances de jaune, d’or et d’argent. Parfois le souvenir s’estompe ; alors, dans ma mémoire se côtoient les animaux et les fleurs, le soleil et la pluie. Le parfum enveloppant des violettes qui s’étalaient sous nos pieds revient  à mes narines, me donnant la sensation de m’éveiller, comme si l’ensemble de ma vie n’était qu’un songe duquel j’étais soudain tirée. Les fleurs se mêlent comme une rémanence vaporeuse, me projetant dans ce paysage horizontal à la quiétude éternelle. Je chéris toujours le parfum des violettes, des roses et des lys même s’il est indissociable de la mélancolie. Je pensais qu’avec le temps mon âme se changerait en pierre, pourtant elle se change en fantôme. Nous avons traversé l’herbe multicolore et le chemin semblait infini ; je réalise alors que nous sommes sur une île. Je suis probablement déjà adulte, pourtant les émotions provoquées par cet instant convoquent l’enfance. Il y a des arbres, des monstres, ou peut-être les deux à la fois. La tarasque, une statue antique effondrée, les vestiges d’un royaume aux souverain·e·s étourdi·e·s. Ces colosses sont irrémédiablement attirés par le sol ; ils murmurent des paroles indistinctes qui me rappellent le souffle du vent.

Je me demande parfois si l’île existe vraiment. Parfois le champ de fleurs ressemble à un décor en carton-pâte, parfois des effluves de ton parfum surgissent alors que je traverse la rue.

L’île est peut-être celle sur laquelle se dresse la maison abritant Moly-Sabata, un souvenir ou un espace mental habité par un ensemble de statues-monstres paresseuses, affalées, refusant d’obéir aux canons de la sculpture érectile. Celles-ci sont disséminées dans l’espace de L’attrape-couleurs sur un sol-socle en toile orné de dessins évoquant la graphie d’une civilisation disparue ou le trait d’un enfant. Foulé par les visiteu·r·se·s, le motif se brouille et se disperse au fur et à mesure de l’exposition. L’installation Étoile Fauve a été imaginée et produite entre Lyon et Sablons, lors d’une résidence d’un mois à L’attrape-couleurs en août 2022 puis d’une résidence de deux mois à Moly-Sabata en septembre et octobre 2022. Ces temps de résidence successifs permettent de lier deux territoires, l’un urbain, l’autre rural, par des pièces constituées de dérivés de la pétrochimie aussi bien que de fleurs, de terre, de bijoux et d’objets glanés ça et là. Agglomérés, détournés, agencés, déstructurés, coupés, peints, creusés… Ces éléments cohabitent dans une installation composite, suggérant le trouble, marquée par une pratique expérimentale. »

Alice Marie Martin