La traversée de la matière, le complot de l’épaisseur, exposition de Laurent Vailler et Frédéric Coulon, du 29 mars au 17 mai 2003
Un jeu espiègle entre représentations archétypales et le retranchement de l’énoncé face à ses molécules. Mais encore une pratique en question sur l’acte et les différentes matérialités- sujet du travail orchestrant un match entre naturel et «synthétique». Les œuvres se présentent comme des corps souples, flottants et réfléchissants où la peinture se contente de couler et se répand sur des assemblages en prototypes des possibles dans un univers poétique futuriste et mécanique peuplé de bergères malicieuses. Recommandé aux enfants, petits et grands ! – Frédéric Coulon
Le travail de Laurent Vailler naît des multiples aller-retour entre images et objets, un peu à la manière de ces petits verres d’alcool de riz où l’on voit apparaître une jeune fille aguicheuse qui disparaît malheureusement assez vite et qu’on a envie de revoir la trouvant de plus en plus belle…
De l’enfance aussi il a préservé cette cruauté des premières confrontations au monde, instaurant « une politique de perversion du monde »,
s’attaquant à l’intégrité des choses aussi bien qu’à leurs rapports réciproques. Le plupart du temps ses travaux se présentent comme des «mixtures-sculptures », des émulsions de deux objets ou images pour vérifier, voir détruire, l’ordre donné. Grignotant la fameuse dichotomie nature/artifice, nivelant les distinctions, inversant les fonctionnalités. Récoltant sans cesse tous matériaux, naturels comme conceptuels, industriels comme philosophiques, revendiquant la fragilité des choses et la porosité des pratiques ; avec comme terrain de chasse aussi bien l’histoire de l’art que les rayonnages des super-marchés, les contes de fée et ses petits boulots alimentaires, une certaine saveur du zen toujours en parallèle avec le chaos le plus total, c’est non sans un certain plaisir qu’il brouille les pistes. Chacune de ses pièces est le résultat d’une table rase en même temps qu’un chaînon d’un processus global, toujours en expansion, se jouant lui aussi de toute linéarité temporelle et formelle (…) Extrait du texte à l’occasion de l’exposition au Duplex, Espace d’Arts contemporains, Genève, Octobre 2002
Frédéric Coulon
Enfin ce face à face avec la matière ! Quand celle-ci s’active de sa mécanique toute puissante aux éléments extérieurs. Bref, se mute depuis la caresse ou le crash. La simple éventualité et le fait d’une transparence laisse penser à un complot, celui de l’épaisseur avec une intention dont
nous ne savons rien sauf peut-être qu’il y a l’ordre des choses. Un lieu de transit, théâtre des aller-retour ou douane légitime. Cette épaisseur comme usine à complot par laquelle les astronomes regardent Star Wars et cette transparence qui nous mémorise et renvoie de fantomatiques reflets du monde comme de son propre regard à elle. … et la pure énergie. – Frédéric Coulon