Peinture, bouture et mixture, exposition de Jesus Alberto Benitez, Jean-Luc Blanchet, Julie Digard, Frédéric Houvert et Anne Renaud, du 18 mars au 7 mai 2017
Une exposition de peinture affichée comme tel dans le titre, c’est assez rare et pourtant…
C’est une occasion de renouer avec le passé de L’attrape-couleurs fondé par le peintre Daniel Tillier, et le présent avec la création d’un musée dédié au peintre Lyonnais Jean Couty dans le 9ème arrondissement. Les cinq artistes contemporains invités à cette exposition collective sont installés dans différents lieux de travail de la métropole, l’atelier SUMO, La Friche Lamartine, laMezz et les ateliers du Grand Large. Même si la plupart de ces artistes se définissent comme peintres, tous ne le sont pas exclusivement, et leurs pratiques ne sont pas de même nature.
Construite à la manière d’un jardin botanique qui introduit des espèces éloignées, provenant d’ailleurs, parfois sauvages; cette exposition rassemble des peintres que l’on ne classerait pas forcément ensemble et tente comme dans une serre une acclimatation. Les œuvres réunies trouvent une forme de symbiose où chacune a sa place et est nécessaire aux autres. Contre la pauvreté d’une monoculture systématique et répétitive, cette exposition sème une diversité et de la variété, une polyculture, une « polypeinture ».
Invitation à la promenade, cette exposition se visite au milieu du végétal à l’intérieur de cette vieille maison bourgeoise pour découvrir du plaisir dans l’acte de peindre, une balade teintée d’exotisme dans le choix des titres et des couleurs et avec la figuration de plantes d’ornement. Entre un accrochage classique à hauteur d’oeil et des placements dé-calés au centimètre près, on tranche pour la justesse, on pousse le jeu et on flirte avec le décoratif.
Il y a du Paysage de forêt en hiver, unique série de cinq peintures réalisées d’après les propres photographies de Jean-Luc Blanchet, qui procède le plus souvent par effacement au white spirit de la toile en polyester luxueusement laquée d’un noir pétrole.
Il y a Bora Bora, un ilôt de peinture sur similicuir délicatement déroulée au sol comme une toile déchâssée, avec ces volumes installés par Julie Digard, dont un assemblage de toiles sur châssis. Les couches de peintures sont Décomposé(es) comme des filtres colorés et les étapes du travail sont visibles.
Il n’y a pas de titre pour les peintures acryliques sur planches de bois de Jesús Alberto Benítez qui sont méticuleusement posées sur des équerres métalliques, mais elles se différencient par leurs formats atypiques et l’utilisation directe de certaines matières comme le gesso, qui sert traditionnellement de couche préparatoire à une surface à peindre.
Il y a des Bégonia(s), un Nérium ou laurier-rose et un Ficus dans les peintures aux pochoirs de Frédéric Houvert, qui pioche des ressources dans sa formation d’horticulteur. Les titres binominaux de ses oeuvres sont quasi-scientifique avec le nom latin d’un végétal, une fleur ou une plante, suivie du nom d’une couleur qui provient de son nuancier de peinture industrielle.
Il y a des peintures d’Anne Renaud, qui parfois trouvent un titre, comme la série des Cactus, et parfois non. Les compositions de formes prélevées de dessins animés ou d’enseignes lumineuses sont réalisées avec un doux mélange de peinture acrylique et de peinture à l’huile sur fond beige, clair et chaud.
Le bleu a marqué, la rose s’est volatilisée et il ne reste plus qu’une relique.
Vingt-quatre oeuvres sont à regarder dans les quatre salles et ponctuellement dans l’escalier ou le couloir, et à observer avec attention pour leur précision, leur gestualité, leur vitalité, leur subtilité ou leur équilibre.
La dernière salle, ressemblant plus à un atelier, est colonisée de manière plus spontanée, légère et mobile. Platane Munch, une poutre moulurée par Frédéric, est posée contre le mur, peinte à la « hauteur platane », hauteur des peintures blanches réfléchissantes du long des routes ou peintures traitantes en jardinage. Soixante cinq dessins choisis d’Anne sont montrés pour la première fois, dévoilant sa pratique de l’annotation, de l’esquisse, de la recherche formelle et du croquis préparatoire. Le vent, l’insistance d’une voix, est l’installation éphémère réalisée avec soin par Jesús à l’intérieur d’une table sur tréteaux faisant office de vitrine, avec un ensemble de dessins, photogrammes et impressions pliés. La composition à moduler en quarante éléments de Julie est fractionnée en trois parties, dont une est en réserve, mise de côté.
Laura Ben Haïba
Site de Jesús Alberto Benítez
Julie Digard
Frédéric Houvert
Anne Renaud
Jean-Luc Blanchet
Le travail de Jean-Luc Blanchet consiste à effacer la peinture au moyen de chiffons afin de faire apparaitre ou disparaitre des images au réalisme photographique, cinématographique et numérique, se voulant un reflet hypertrophique du paysage chaotique mondial.
Pensées émues à Jean-Luc Blanchet, décédé à l’âge de 47 ans à Lyon en 2024.
Tess







