Alan Croissant

Design graphique: Buliash Todaeva
a necessary escape, exposition d’Alan Croissant
du 7 février au 2 mai 2026.

Alan Croissant est né en 1996, il vit et travaille à Lyon. Après un cursus artistique à la Haute école des arts du
Rhin (HEAR) à Mulhouse puis à la Haute école d’art et de design (HEAD) à Genève, il présente à L’attrape-couleurs
sa première exposition personnelle, réunissant des pièces réalisées à l’atelier et un dispositif spatial qui
les lie en une installation immersive.

Alan Croissant se nourrit de ses expériences professionnelles alimentaires pour déployer un univers
narratif mêlant fiction et autobiographie, retournant la condition précaire de l’artiste à son avantage.
Après avoir travaillé quelque temps dans une chocolaterie, il s’est inspiré de l’environnement
industriel de l’usine : les boîtes qui servent à stocker les œufs en chocolat pour Pâques, les socles à roulettes
renvoyant au déplacement des bacs, les ventilateurs refroidissant l’air ambiant, les bâches protégeant du
froid, un convoyeur à bande, les colliers de serrage… Cette stratégie du détournement d’objet permet de
convoquer une réalité propre au monde du travail pour en proposer une appréhension plus singulière,
une expérience sensible qui ouvre les formes à d’autres significations. Son geste artistique se situe ainsi
à la limite du travail en perruque, pratique par laquelle un employé détourne les moyens de
production de son entreprise à des fins personnelles.

L’exposition se déploie dans un espace fragmenté grâce à des bâches suspendues semi-transparentes,
ménageant ainsi une diversité de parcours possibles. Les constructions en boîtes à œufs évoquent la Tour
Panoramique qui abrite l’exposition, jouant sur l’échelle entre intérieur et extérieur. Si les verticalités sont
assumées dans l’espace, elles reposent néanmoins sur une certaine fragilité : les tours sont en équilibre, prêtes
à se déplacer ; les ventilateurs produisent de micromouvements sur les bâches, qui semblent pouvoir être
tirées le long de racks imaginaires, tandis que le convoyeur n’en finit pas de dérouler son tapis vide.
Tout semble suspendu, dans une forme d’attente, un moment à la fois présent et futur, à ressentir autant
qu’à imaginer.

Au mouvement s’ajoute une dimension sonore, affirmée tantôt par une fine présence, tantôt par son
absence ou son atténuation. Les boîtes à œufs peuvent aussi faire office d’isolant acoustique ; des
bouchons d’oreille se retrouvent coincés dans les ventilateurs. Une pièce sonore, située au fond de
l’exposition, s’écoute au casque, instaurant un rapport d’intimité entre l’œuvre et le·a visiteur·euse. Réalisée
à partir d’emballages en polystyrène, de tiges filetées et d’impressions 3D, elle diffuse une version
retravaillée de la comptine anglaise « Humpty Dumpty », qui met en scène un oeuf anthropomorphe
venant de se briser. L’œuf, figure symbolique si souvent convoquée tout au long de l’histoire de l’art,
de Jérôme Bosch aux surréalistes, traverse toute l’exposition comme un motif à la charge symbolique
mystérieuse. Et quand un œuf se casse, apparaît le jaune.

Depuis la porte d’entrée jusqu’au cœur de l’espace, le jaune est partout. À la fois matière, lumière et
peinture, il diffuse son énergie et installe une atmosphère marquée. Pourtant, dans le récit de
l’artiste comme dans l’usine de chocolat, c’est la couleur qui n’existe pas : l’œuf y est omniprésent, mais
vide, simple coquille fragile dans laquelle est coulée la préparation de cacao. C’est cette absence du réel
que l’exposition convoque, nous invitant à nous déplacer comme dans une échappée onirique, une
évasion nécessaire, là où les formes et les matériaux industriels se libèrent enfin de leur utilité.

Guillaume Le Moine

 

Site d’Alan Croissant

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