Noémie Huard et Daniela Zuñiga

Essentials Structures, exposition de Noémie Huard et Daniela Zuñiga, du 17 janvier au 15 mars 2015

« Depuis longtemps l’œuvre de Noémie Huard recèle une grande part de mystère qui interroge notre présence au monde. Ses travaux récents, dessins, gravures, installations, volumes semblent préciser son propos, la part magique et incantatoire y devenir l’objet-même du discours.
Dans ses dessins La dune des bois et Les instincts, par exemple, l’espace est composé de formes naturelles avec, en contrepoint, quelques éléments de géométrie. Mais dans cet espace conventionnel surgit l’innommable, le grouillant, le rampant, le mutant, le proliférant : dans cet espace organisé surgit l’informe dans l’acception que lui a donnée Georges Bataille en 1929 : « (…) Un terme servant à déclasser, exigeant généralement que chaque chose ait sa forme. Ce qu’il désigne n’a ses droits dans aucun sens (…) Affirmer que l’univers ne ressemble à rien et n’est qu’informe revient à dire que l’univers est quelque chose comme une araignée ou un crachat. »
Certes, les œuvres de Noémie Huard recèlent une importante dimension narrative et polysémique. Cependant, ses éléments mutants procèdent à l’évidence de l’informe « bataillien » : « horizontalité, battement, matière brute, entropie ». L’artiste parviendra-t-elle alors à réconcilier l’informe et le sens ? Dans un autre dessin, L’intervalle des sables, un petit détail nous a paru éclairant : une chaise au dossier habillé d’une tête d’oiseau qui n’est pas sans rappeler les rituels chamaniques des Yakoutes de Sibérie où « Le chaman revêtirait parfois un costume d’oiseau. ». Inquiétante étrangeté alors que celle des dessins de Noémie Huard : mise en œuvre des forces de la nature, absence des corps présence d’entités fantomatiques, éléments informes en mutation, tout concourt à orienter le regardeur vers le sentiment paradoxal d’un monde insaisissable et pourtant d’une unité retrouvée. Car  l’instar de tous les rituels archaïques, des contes, des légendes et des mythologies, les œuvres de Noémie Huard sont des cérémonies magiques qui permettent au regardeur de sortir de soi comme le chaman quitte son corps afin de réconcilier les forces irrépressibles du rêve et les contingences matérielles de la raison. »

Francis Tuzet, 2014

Née en 1980 Noémie Huard a étudié aux Beaux-Arts de Nantes, elle vit et travaille à Lyon.

Site de Noémie Huard

« En convoquant des puissances qui dépassent l’approche cartésienne et rationnelle qui se pose le plus souvent comme relation au monde, Daniela Zuñiga entend renouveler notre relation à ce qui nous entoure. Ainsi explique-t-elle qu’elle préfère s’appuyer sur des mythes et des rituels que de segmenter en catégories statiques les choses, êtres et forces qui hantent le monde. Son travail ainsi peut être lu comme une suite de références qui mêlent shamanisme et réflexion sur la matière.
Ainsi l’installation Immortalità est faite d’une croix composées de branches. Tenant debout, elle évoque des symboles grecs, mais penche aussi vers le mystère d’un possible sortilège. Autour, le sol est jonché d’abeilles mortes qui forment un cercle autour de cette croix. Symboles de vie car elles pollinisent les fleurs, elles apparaissent dans cette installation comme prises dans une cérémonie qui nous échappe mais dont le titre, Immortalità nous met sur une piste potentielle. La vie éternelle apparaît ainsi convoquée comme motif culturel qui serait à chercher dans des savoirs anciens et qui semblent désormais mis de coté par la rationalité moderne. Cet entremêlement de symboles s’apparente également à une affirmation selon laquelle paganisme et sacré ont les mêmes racines partagées C’est en effet en convoquant des motifs et leurs significations que Daniela Zuñiga propose de nouvelles lectures et interprétations. Ainsi elle réalise une pièce murale faite d’une couverture de survie présentée comme un tondo. Sur celui-ci le tissu est plié à de multiples reprises évoquant ainsi un motif baroque qui l’envisage comme une répétition infinie dans lequel tous dépendent les uns des autres. Ils sont reliés par une forme d’unité. Dans ces plis ainsi se forme, paradoxalement, un monde stable et unique.
De fait toute la production de Daniela Zuñiga semble remplie de cette réflexion métaphysique qui la porte à explorer tout type d’objets et de formes. Elle réalise un tapis fait de poussière. Le motif est réalisé par pochoir. Il est littéralement prêt à s’envoler tout comme son sens qui peut être abordé autant comme la représentation d’un univers en tant que tel ou le périmètre d’une maison. Il sert aussi à la prière. Mais celui de Daniela Zuñiga ajoute à cette volatilité celle de son matériau qui vit à la merci de son environnement dans lequel il peut être réduit, ou effacé ou disparaître.
Ainsi au fil de son travail on voit surgire chez Daniela Zuñiga de nombreux symboles qui, lus au travers de formes qui tiennent du rituel, voient leurs significations chargées de différents potentiels et produisent le portrait d’un monde régi par des forces qui vont au-delà de celles que l’on peut simplement observer. »

François Aubart

Née au Chili en 1979, Daniela Zuñiga fait d’abord des études d’Ingéniérie Mécanique en Energie puis l’Ecole des Beaux-Arts de Clermont-Ferrand.

Site de Daniela Zuñiga

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