Garance Deprez

Garance Deprez est en résidence à L’attrape-couleurs jusqu’au 25 octobre 2025. La restitution de sa résidence aura lieu le vendredi 24 octobre de 14h à 18h.

Instagram de l'artiste

« À partir de matériaux tels que la céramique, le cuir, les matières synthétiques comme le silicone et le vinyle, j’assemble de manière hybride avec des gestes qui proviennent souvent de techniques textiles des pièces qui sont installées dans l’espace. Je travaille également avec la vidéo et le son, qui me permettent des capsules d’auto-mise en scène, d’intéragir avec les objets et d’activer les matières. Ces objets et pièces sont installés dans l’espace, posés à même le sol sur le béton ou le carrelage, détendus, logés dans ses recoins et interstices, pour se répandre et en couler, suspendus ou tendus, sollicitant ou contournant ses aspérités pour s’y accrocher. À ces installations se mêlent des fragments de textes, issus d’une pratique régulière et fondatrice de l’écriture, qui apparaissent de façon plus discrète dans mes installations. Ma pratique de l’écriture donne aussi lieu à des lectures, souvent sur des modes rapides qui entraînent un essoufflement. Cette apparition découpée du texte correspond aussi à un mode de travail par fragments et traces, qui sont ceux des corps, de l’intime, de l’extime. Sans passer par des représentations formelles et frontales, ces éléments tirées de divers référentiels me permettent d’aborder mes questionnements queer et féministes inclusifs. » Garance Deprez

Compte-rendu de résidence :
Pendant mes 3 mois à L’attrape-couleurs, j’ai travaillé sur un corpus de pièces inspiré de formes qui apparaissent de façon récurrente dans mon travail depuis quelques années : les enveloppes. Les enveloppes sont des pièces en vinyle transparent ou coloré, issus de formes textiles qui sont des contenants de parties de corps (cagoules, jambières, …).
J’ai poursuivi cette recherche en créant des combinaisons intégrales en vinyle transparent, dont je réalise les patrons sur-mesure. Pensées pour être portées, elles sont enfilables et se referment grâce à un système de laçage à câble ou d’agrafes. Contenante, elle recouvrent, et enferment, tout en dévoilant complètement. Le vinyle serre et écrase les reliefs en collant au plus près de la peau, déformant légèrement et vulnérabilisant par cette façon de dévoiler. Le contact vinyle/peau met en lumière et exacerbe les fonctions corporelles : la respiration, la chaleur qui émane du corps, la transpiration. Je filme en plan rapproché les mouvements crées par l’air qui entre et sort, le vinyle qui se colle et se décolle du corps, l’humidité et la transpiration qui se condensent et perlent, la peau et les poils qui s’aplatissent et se mélangent.

Les combinaisons sont montrées vides, affaissées au sol, où à moitié suspendues, les câbles ou agrafes qui servent à les fermer desserrés, dans l’état où elles se trouvent quand elles quittent les corps qu’elles recouvrent. Elles sont à la fois abandonnées après avoir été portées, et emplies d’un potentiel de réactivation. Les seules images des corps apparaissent via des enregistrements, sons et vidéos. Ils laissent également traces de leur passage sur les pièces : le vinyle conserve des taches de sébum, de sudation, des coutures ont craqués, des attaches se sont arrachées.

Pendant mes recherches, une nouvelle forme est apparue : une combinaison décomposée, reliée à plat par des anneaux de métal, et présentée étendue, tirée par des câbles en acier gainé. Au lieu du vinyle replié sur lui même, elle s’étale en étendues de plastique lisse qui reproduisent la surface du corps par tronçons.

À ces éléments s’ajoutent également des textes courts, découpés dans les chutes de vinyle, qui parlent de corps comme ayant des fonctions filtrantes et liquides : corps-caniveau, corps-fontaine, et corps-siphon.